INTERNET AU SERVICE DE LA MANIPULATION

Beaucoup de personnes imaginent que la manipulation à laquelle s’adonnent les géants d’Internet commence et s’arrête à l’affichage de publicités ciblées. Et cela leur donne une sorte d’impression de sécurité trompeuse (“ça ne me gêne pas d’avoir de la publicité liée à mes centres d’intérêts, c’est même pratique, et en plus je contrôle ce que j’achète…”).

La publicité ciblée, innocente ou prémices de mécanismes de manipulation plus profonds ?

Or, si des inconnus parviennent à insérer des annonces directement liées à mes habitudes et mes envies sans que je ne leur ai fourni aucune information me concernant, du moins volontairement, il faut quand-même bien se rendre à l’évidence : notre vie est sous une intime surveillance 24h/24, et ce n’est pas anodin du tout.

Mais le danger est bien plus large et plus profond que cela.

La méthode de Milton Erikson au service des prédateurs numériques

Au début du 20e siècle, dans les années 1930 environ, le psychiatre et hypnothérapeute Milton Erikson découvre un mécanisme étrange du cerveau : lorsque ce dernier est mis dans une “bulle de confiance”, il annihile pratiquement tous ses mécanismes de défense.

Il découvre donc que s’il parvient dans un dialogue avec un patient à lui faire dire “oui” 6 fois d’affilée, à la 7ème question, le patient répondra toujours par un “oui”, quelle que soit la question. Cette méthode va donc être développée et utilisée par ce docteur pour soigner ses patients. Et par la suite, le milieu commercial va s’en emparer pour des actes plus… lucratifs.

Depuis les années 70 environ, des entreprises commerciales (assurances, bancaires, services, …) vont former leurs vendeurs à cette technique appelée alors “technique du oui”. Bien que cela impose une maîtrise peu commune pour y parvenir, le résultat sera toujours couronné de succès: le vendeur peut faire signer ce qu’il souhaite à sa “proie” sans que cette dernière s’en rende compte (elle est convaincue qu’elle a pris cette décision d’elle-même). Il faut bien sûr que la série de questions que le vendeur pose n’attire aucunement la suspicion de la personne, auquel cas l’exercice serait raté.

La première difficulté de cette technique, est donc, pour faire entrer la personne ciblée dans sa “bulle de confiance”, de connaître très intimement les plus petits et profonds détails de sa personnalité. Un psychiatre professionnel comme Milton Erikson, par exemple, va avoir besoin d’environ 2 ans de thérapie hebdomadaire avec un patient pour parvenir à cette connaissance, connaissance qui pourra alors servir ensuite à l’exercice délicat de la manipulation de cette personne. Or, un vendeur n’a jamais autant de temps pour parvenir à cette précision de connaissance de la cible visée, il va donc utiliser des techniques parallèles, dont la morphopsychologie, pour parvenir à décrypter rapidement les traits principaux lui permettant ensuite de se risquer dans la pratique du “oui”. On l’imagine, c’est très difficile et peu y parviennent, fort heureusement d’ailleurs !

Le monde connecté, solution-clé pour la connaissance intime des personnes

Avec l’arrivée d’Internet, les géants que sont Facebook ou Google ont très vite compris comment accélérer le processus d’acquisition d’informations personnelles et ne cessent de proposer des applications et services “gratuits”. Leur seul but est de pénétrer dans l’intimité des utilisateurs et de leur entourage, et ainsi de réduire drastiquement le délai entre la prise d’un membre dans leur filet et la possibilité de le manipuler.

Ainsi, 24 heures suffisent à Facebook pour obtenir ce qu’un psychiatre mettra 2 ans auprès d’un patient

L’enjeu de ces géants est donc bien la connaissance intime des personnes, et l’objectif, à peine caché, est bien la manipulation.

Tous les domaines de la vie sont concernés

La publicité n’est qu’une toute petite partie de l’enjeu, elle ne sert principalement qu’à financer le reste.

En 2014, l’EPIC, aux USA, dépose plainte auprès de la Federal Trade Commission contre Facebook, après avoir découvert la mise en application d’un algorithme permettant la manipulation des émotions des membres de ce réseau (Electronic Privacy Information Center– Juillet 2014). Cet algorithme a été testé en 2012 par l’Université de Princeton, avec une réussite de presque 100%. Bien que Facebook ait clamé n’utiliser cet algorithme que dans le cadre des recherches de cette université, on retrouve comme par hasard dans le monde Facebook, lors d’une enquête faite en 2016 par les agences Reuters et AFP, un algorithme ressemblant étrangement à celui de 2012 : les internautes, au fur et à mesure de leurs recherches, se voient “filtrer” leurs résultats selon leurs propres tendances personnelles (au bout de 8 jours environ). L’internaute est ainsi, sans le remarquer, placé dans une “bulle de confiance”. Cette bulle va non seulement permettre à Facebook de le “diriger” ensuite là où il le souhaite, mais en plus, l’internaute va perdre le contact direct avec la réalité. Il ne voit plus le monde avec ses propres yeux et sa propre capacité de choisir, mais par les yeux de Facebook uniquement.

Cette expérience montre que non seulement le danger de manipulation à grande échelle est bien là, mais qu’en plus cette pratique est déjà utilisé dans de nombreuses situations (achats, choix dans les trajets, choix au niveau des groupes d’intérêt, choix dans les partenaires, et même maintenant, dans les domaines médicaux, par les nombreux outils connectés vous poussant à faire ceci ou cela, à manger plutôt ceci que cela, …).

Ne  nous trompons pas de combat, ces prédateurs agissent comme les prestidigitateurs : il vous montrent une main pour que vous ne voyez pas ce qu’ils font avec l’autre !